de Regards sur Ailleurs, 2eme voyage. Nous achevons notre périple de printemps par la France, les Cévennes pour le moment, avant de remonter doucement vers le Nord.
Un voyage avec des conditions nettement plus faciles que lors de notre premier périple en Espagne et au Portugal en novembre et décembre, non sans blague, c'est mieux quand il fait 25°C?....
C'est donc presque dommage de s'arrêter en si bon chemin alors qu'on est lancés, rodés, entrainés, motivés et inspirés! Mais on a des rendez-vous de toute façon la semaine prochaine, donc on est obligés de rentrer.
Et on commence surtout à découvrir un nouveau phénomène qui nous laisse pantois ; c'est la sortie des camping-caristes. Bien sûr, on en a déjà croisé des quantités dans les campings, dans les aires, sur la route ou sur les parkings, mais avec le beau temps, les retraités sont de sortie, comme ce matin sur le seul parking autorisé aux véhicules plus de 2,5 mètres de haut (quelle segrégation !) à Avignon.
Quelques camions se rassemblent à cet endroit où une navette gratuite vous emmène au palais des Papes pour la visite. Entre deux rocades et un pont, ambiance parking, ce n'est pas là que j'aurais eu envie de passer l'après-midi. Et pourtant, à notre retour vers midi, ne voit-on pas un camping-car auvent, tables, chaises, gamins sortis, pinard sur la table, et v'la ti pas que je déjeune tranquillou sur le parking au soleil.... Tandis que le gros camping-car à 70.000 euros faisait manouche à coté avec la serviette de bain mise à sécher sur la fenêtre...
Différence d'éducation ?... d'habitude ?
Leur comportement nous a choqué, d'autant plus peut-être qu'on vit aussi dans un camping-car depuis plusieurs mois, justement un véhicule qui a 15 ans, beige sale, surtout après notre périple en Bosnie, les roues pleines de boues, les 2 luminions arrières cassés, un bout de pare-chocs en moins, et pas un magnifique four à micro-ondes métallisé.
En fait, on a sorti l'auvent et les chaises une seule fois, c'était dans un camping en Croatie, et il n'y avait personne. C'était tout à fait moche, nos chaises sont bleues, la table beige, ambiance « cas-sociaux on attend les allocs ». En plus on y passe un temps fou : ouvrir le coffre et c'est pas pratique, sortir la manivelle, couicouicouic pendant 5 minutes pour déplier la toile, mettre les piquets, demander à mon grand mari de tenir le bazar à 3 mètres de haut, sortir les chaises de la housse décathlon, les ouvrir, ensuite au tour de la table, et sans se pincer les doigts... bref, avec le reste de l'installation, on en a pour 3/4h. Autant dire que c'est une activité à temps plein pour des camping-caristes en vacances.
A peine plus loin dans la campagne, après avoir croisé des dizaines de véhicules sur la route, on en retrouve des essaims sur le bord de routes à proximité des sites touristiques. De même sur les aires, comme il existe des fichiers, des gps, et des sites internet où trouver les aires, et que tout le monde en dispose, ils se rassemblent mécaniquement. Pire, le camping-car appelle le camping-car, c'est un peu comme les chiens, ils sont potes entre eux. Plusieurs fois nous en avons fait l'expérience : le temps de visiter quelque chose, et un camping-car s'est collé à nous sur un parking vide. Le plus drôle, à Sault, ce phénomène se produit, et comme nous restons dans la cabine à téléphoner, le colleur qui s'est garé devant nous fait sortir la copilote pour le guider à la manœuvre. « vas-y, vas-y recule, Stoooop !!! », mais la rue était en pente, le camion recule encore un peu avant de repartir, puis freine à nouveau et cette fois il recule de 50 cm et nous rentre carrément dedans !! Bobonne aurait pu rester au chaud.
On se rend compte alors de la véritable nuisance qu'ils provoquent par leur nombre. Un camping-car est beaucoup plus large et plus long qu'une voiture, genre gros frigidaire ; ils prennent non seulement plus de place, mais sont capables de rester des jours et des jours si le parking leur plait !! On avait lu sur les forums les interminables discutions sur ceux qui critiquent cette situation justement, et qui moquent les centaines (oui, les centaines...) de véhicules qui s'installent sur certaines parties des littoraux tout l'été. J'avais du mal à croire qu'on puisse s'agglutiner à autant de monde, dans un mode de déplacement soi-disant libre. Le camping-car n'est-il pas la liberté ?
Et pourtant, à voir dès fin avril le nombre de camions sortis, je n'ai plus trop de mal à imaginer la marée blanche-carrosserie qui peut s'abattre sur certaines villes.
Voilà donc la raison qui nous fait un peu passer la tristesse de devoir arrêter notre périple : on rentre quand les aires vont être prises d'assaut, quand tous les parkings auront des barres de hauteur pour chasser ces gêneurs, et qu'on ne pourra plus se garer tranquillement sur un parking sans se faire remarquer.
On a même la joie d'avoir un petit coucou d'un de nos voisins d'aire (commentaire de Jean Pierre), j'espère que ce n'est pas celui qui a fait tourner son groupe électrogène toute la nuit !! ;)))
Le groupe électrogène est un formidable déclencheur de commentaires sur les forums dédiés, donc je m'amuse un peu à mettre le pavé (pardon, le groupe) dans la marre (ça va le griller, chouette...)
Nous sommes partis vite ce matin, pour aller visiter la maison d'Alexandra David Nèel, grande exploratrice super connue.... que nous avons découverte la veille, pour être honnête. Il parait même qu'une association de camping-caristes est venue faire une visite pèlerinage.
Quand on arrive devant sa maisonnette transformée en musée-magasin, on se trouve nez-à-nez avec un bâtiment plein de banderoles pour des séances ayurvédiques, du zen, des ventes de babioles « bien être ». Il suffit de lire quelques minutes la biographie d'Alexandra David Nèel pour être un peu perplexe. Née en 1868, elle part vers l'Asie : le Tibet, alors fermé aux étrangers, en Chine, et en Inde. En tout, elle a voyagé une trentaine d'années, dans des conditions toujours spartiates, à la recherche des peuples, de leur philosophie, de leur sagesse. 28 livres, 100 ans de vie, un seul mari, elle a fini sa vie riche dans cette petite maison de Digne, bien loin d'un concept superficiel de bien être et d'encens parfumé. Enfin, il faut bien vivre....
La rencontre inopinée avec cette voyageuse complète ma réflexion sur le sujet. Je faisais la différence entre la notion de voyage, et celle de tourisme. Même si le tourisme peut consister à se déplacer au bout du monde, le voyage en lui-même n'est pas vraiment le but.
Conséquence ou cause de cette maladie généralisée du tourisme, contrairement au monde où à vécu Alexandra David Nèel, il n'existe plus (allons-y, il n'existe plus du tout) de lieux sur cette terre non visités par cette fameuse mondialisation. N'importe où sur cette planète, et même au milieu des océans, vous pouvez trouver un Macdo ou un coca, il n'y a donc plus de terres vierges.
La découverte a alors une autre saveur. Arriver dans un lieu inconnu et voir qu'on est entourés de dizaines de quidam qui ont eu la même idée, gâche un peu le plaisir d'être le premier, le seul découvreur, celui qui a eu le courage d'envoyer balader conventions sociales, mari, et confort, pour aller défricher les langues du Tibet.
La découverte n'est plus qu'un luxe personnel, et ne sert en rien la connaissance de l'humanité sur elle-même, puisqu'il suffit de s'informer pour connaître. Reste alors à peut être à donner l'envie de s'informer, regarder ailleurs n'est pas si facile !!
De Dubrovnik à Mostar, il y a 5 frontières. La Croatie est cette mince bande de terre le long de l'Adriatique. La Bosnie se trouve juste derrière dans les montagnes, mais dispose d'un mince accès à la mer autour de la ville de Neum. Quinze kilomètres à peine, et ce n'est même pas un port, mais c'est historique. Pour aller de Split (au milieu du pays) à Dubrovnik (à l'extrême sud), on traverse donc immanquablement cette bande bosnienne. On quitte la Croatie pour entrer en Bosnie, puis on rentre à nouveau en Croatie. Au retour, même opération, sauf que la route la plus rapide passe par la Croatie avant de revenir en Bosnie. En tout, 5 passages de frontières en quelques jours autour de Dubrovnik.
La première fois, on a tellement perdu l'habitude de voir des douaniers aux frontières qu'on est surpris qu'on nous demande nos papiers. Mais autant du coté croate que bosnien, les douaniers à la frontière ne sont pas submergés par la tâche. Les plus sévères sont les croates : un coup d'œil sur nos passeports, je ne suis même pas sûre que la douanière les ait vraiment ouvert, les mots magiques « Union Européenne » nous donne le droit d'entrer ici sans visa ni formalités. Quant au coté de la Bosnie, on s'arrête poliment, et on attend un peu le temps que ces messieurs suspendent leur conversation. On cherche du regard un douanier qui nous demanderait quelque chose, et non, rien, on passe comme une lettre à la poste. Cette portion de territoire est tellement traversée dans les deux sens par les touristes qui vont à Dubrovnik que les douaniers ne se donnent même pas la peine de vérifier quoi que ce soit. Sauf en revenant en Croatie, un douanier nous a demandé d'ouvrir la porte arrière du camion pour y jeter un œil... est-ce qu'on cachait un clandestin ou des caisses de vin ? Quatre minutes plus tard, on était repartis.
On apprit plus tard que le passeport délivré par la Bosnie ne donne pas droit, lui, à l'espace Schengen. Encore une fois, mon précieux passeport me donne des privilèges ; je peux aller chez eux, mais pas eux chez moi...
En revanche, regarder les dubrovnikiens sortir de la messe de Pâques vaut vraiment le détour. La ville a subi il y a 15 ans un siège pendant la guerre, qui a tué 200 personnes. La ville est en effet entourée de montagnes, il est très facile de la bloquer sous des bombes. Les privations et la peur pendant ces 6 mois ont sans doute laissé des traces, ce qui peut expliquer le sport national de ce dimanche ensoleillé. Les Croates sont catholiques à 80%, rien de très normal de les voir sortir en masse des églises le jour de Pâques. Ce qui est plus curieux, c’est leur code vestimentaire. Tous endimanchés, très élégants, mais toujours avec un petit quelque chose qui en rajoute, quelque chose de trop : cette femme habillée de rouge de la tête aux pieds, toutes ces jeunes filles perchées sur des talons immenses, à l’allure hautaine sûre de leurs charmes, cette mère de famille dont la jupe à boutons n’a que peu de boutons fermés pour voir les trois quart de sa cuisse, ce couple qui promène son landau très doucement en regardant qui peut bien les admirer: monsieur en costume brillant, madame en manteau chamarré.
La plupart se rassemble sur les terrasses des cafés autour de cette place. On a l’impression, un peu comme au théâtre à l’italienne, que ces terrasses sont faites pour être vues plutôt que pour voir. Les gamins à la mode courent partout et se chamaillent, les parents discutent autour de leur verre. Les gens élégants passent et repassent sur cette place, comme s’ils avaient à chaque fois une bonne raison d’y revenir.
Dubrovnik donne dans le prétentieux ? La ville la plus célèbre de Croatie succombe aux sirènes d’une consommation m’as-tu vu et prends la grosse tête?
Dans tous les guides de la Croatie, Dubrovnik est LA destination à ne pas louper. Pour Michelin, c’est une question d’étoiles (comme pour les restau ! ;) 3 étoiles signifie « vaut le voyage », autant dire que ça va casser des briques.
Nous, nous venons du Nord du pays, nous avons déjà vu quelques villes croates et quelques ruines romaines.
Dubrovnik, 3 étoiles, le jour de Pacques, vous allez plus en apprendre sur sa population que sur l’histoire antique de la Croatie.
C’est une jolie ville, bien proprète où pas une maison n’est en ruine, ni ne déroge à la règle des volets verts. Elle souffre à mon avis du « syndrome Lisbonne ». Il est des villes dans les circuits touristiques obligatoires d’un pays, où toutes les agences de voyage déversent leur cargaison. Surtout, la ville en elle-même se transforme pour correspondre à ces critères du tourisme, ces fameux standards internationaux qui vous permettent de faire le tour du monde en mangeant toujours le même petit déjeuner quelques soient les hôtels où vous êtes logés. Les touristes veulent en effet toujours la même chose : quelques vieilles pierres pour le décor, du soleil, plein de magasins qui vendent les fameux souvenirs, et des restau où on mange les pizzas décongelées à 40 euros. (ha non pardon, ça c’est uniquement à Venise…)
On avait eu le même sentiment entre Lisbonne et Porto : Lisbonne nous offre ce dont toute grande ville européenne dispose, alors que Porto vit sa vie sans se soucier des marques de vêtements dans ses rues commerçantes.
Les rues de Dubrovnik sont des terrasses de restau, les boutiques sont des magasins de livres pour touristes et de magnets bleu ciel pour frigo, alors que Trogir par exemple a des coiffeurs devant sa cathédrale… Vous vous souvenez de mon post «n’allez pas en Croatie », et bien allez à Dubrovnik Park, là vous ne ferez pas de mal à l’authenticité !
C'est le graal de tout touriste, ce qu'il recherche par-dessus tout, plutôt que de se trouver dans des lieux où on lui rappelle constamment sa condition de visiteur temporaire près à dépenser ses précieux euros.
L'authenticité, cette chimère. Qu'est ce qui peut être authentique dans notre 21e siècle mondialisé où le tourisme est une des premières industrie économique ?
L'authenticité peut-être ceci : avoir l'impression d'être chez les gens, des vrais gens, et non pas dans une arène touristique, découvrir leur cadre de vie sans faux semblant du à votre qualité de potentiel consommateur. En bref, qu'ils soient avec vous comme ils sont avec leur voisin.
L'authenticité peut se comprendre aussi comme le dernier luxe dans ce tourisme de masse, celui où seuls les initiés, les privilégiés, ou les très riches peuvent accéder à un lieu rare de visiteurs. Parce que le problème est bien là : c'est une question de proportion. Quand les touristes dépassent le nombre d'habitants, (et même bien avant !), l'autochtone se terre, et le marchand se montre.
L'authenticité est donc d'arriver dans un endroit où l'on n'est pas attendu, mais où les gens disent bonjour parce qu'ils disent toujours bonjour.
Trogir nous a offert cette fameuse authenticité. Classé au patrimoine de l'Unesco, mais début avril, miracle de Pacques peut-être, la ville n'est pas encore assiégée d'allemands.
Toucher du doigt l'authentique a un prix : que la cathédrale Saint Laurent ne soit ouverte qu'à certaines heures par exemple. Il faut admettre de rater les merveilles décrites dans le guide, payer cette tranquillité et cette impression d'être les seuls visiteurs du lieu. Retrouver cette émotion originelle d'être celui qui découvre par lui-même, mais qui n'a pas accès à tout. Quand alors le bedeau ouvre les grilles de ladite cathédrale pour la messe... c'est un cadeau du ciel inattendu !
Trogir a un petit centre médiéval entouré de murailles, et cette fameuse cathédrale Saint Laurent romane. Chose extraordinaire, c'est la présence de coiffeurs juste devant ce monument. Rien de moins touristique qu'un coiffeur destiné aux autochtones !
Par pitié n'allez pas en Croatie ! Laissez aux heureux visiteurs le bonheur de se sentir seuls au milieu des restes romains de l'antiquité et sous un soleil radieux. Laissez leur le plaisir de payer 1 euro leur glace double boules bien meilleure qu'en Italie (oups, je critique régulièrement l'Italie...) et 5,5 euros leur pizza non congelée au restau bien meilleure qu'à Venise. Ne venez pas profiter du soleil au mois de mars, de la lumière douce du soir qui lèche l'eau calme sous les bateaux. Ne venez pas fouler les dalles de marbre posées par les romains, arpenter les ruelles où un cheval passerait à peine où on imagine un instant croiser l'empereur Justinien avec son fameux code sous le bras, le même code qui servira à utiliser le droit romain dans toute l'Europe pendant des siècles. Laissez cet endroit vide et propre, et les habitants non encore assiégés par les cars à double étage.
Le voyage en camping-car a cet avantage de voir les kilomètres, de réaliser qu’aller à Madrid ou Venise n’est pas la même chose, une sorte de géographie appliquée. On redécouvre les montagnes comme obstacles naturels à la circulation, et on découvre douloureusement que passer un tunnel dans les Alpes est loin d’être gratuit. On peut expérimenter les changements de températures en fonction de l’altitude. C’est saisissant de voir qu’il y a de la neige en haut d’une côte, alors qu’il n’y en avait plus au raz de l’eau sans qu’on ait eu l’impression de gravir des montagnes.
L’autre élément qu’on réalise aussi est la confrontation aux éléments naturels. Changer de lieu tous les jours nous fait rencontrer différentes températures et, différents climats. Comme on a un thermomètre hygromètre, on sait précisément la température et l’humidité.
Ex : Venise le matin : 96% d’humidité.
Petit village sur la route vers la Croatie : 40%... Venise donne l’impression de dormir dans une baignoire, tout est moite et froid, c’est charmant.
On oublie et on perd tout cela dans nos vies modernes ; sentir le vent, expérimenter les écarts de température en fonction de l’heure de la journée, la voir subitement monter dès qu’on est au soleil, tout cela peut être un peu éprouvant pour l’organisme, mais finalement, nous met au diapason de notre environnement.